Bas de page
Sciences Sociales, etc.
: Associations :
Erving Goffman (auteur)
Interactionnisme (courant)
Masculin/féminin (thème)
Relations, interactions sociales (thème)
Sociologie - anthropologie - ethnologie (genre)

: Chemins de traverse :
Salon de lecture
A la (res)source !
.(s) de vue
Sociovoile

Déplier
Classement... (clic !)

La mise en scène des genres


Dans de nombreux cercles sociaux, les occasions sont vraiment rares où l’on puisse menacer de coercition physique ou y recourir. Mais si l’environnement social s’avère ainsi ne pas favoriser la démonstration d’une appartenance de genre, ce qui contraint à en passer par des scènes sportives conçues pour cet usage, le retour ad hoc à l’espièglerie peut apporter une compensation, ce qui explique que les simulations de domination physique vont y abonder. Ainsi, entre mâles, on trouve différentes formes de jeux brutaux - bousculades, poussées, échanges de coups de poing, esquives - accompagnées de simulacres de compétitions comme le bras de fer, les courses improvisées, la main blanche, etc. Lorsque les sexes sont mis en présence, les mâles se livrent à des jeux comme ceux de l’étreinte de l’ours, de la fausse poursuite, celui où l’on force l’autre à se tenir dans une certaine position, ou à saisir ses deux petits poignets dans sa grosse main, à faire balancer plaisamment le bateau, à jeter ou à pousser à l’eau, à asperger d’eau, à faire semblant de pousser du haut d’un à-pic, à jeter des petits cailloux, à s’approcher en tenant un serpent, un rat mort, un calmar ou d’autres objets répugnants, à menacer de chocs électriques d’une puissance que l’on supporte soi-même, et autres délices. Observons que, précisément, en prenant sur le mode de la plaisanterie l’initiative de ces menaces et de ces moqueries dont il pourrait protéger une femme, un homme peut l’encourager à fournir une version explicite du fardeau de la condition à laquelle son sexe est supposé la vouer. Et elle peut bien entendu créer elle-même les circonstances plaisantes au cours desquelles elle pourra manifester son genre, comme lorsqu’elle bourre de coups de poing celui qui la tient, comme si elle désespérait d’obtenir un effet sur le géant qui l’a capturée, ou qu’elle masque ses yeux face aux choses horribles qui se passent à l’écran tandis qu’il regarde en riant, ou qu’elle pousse des cris aigus et tourne le dos à l’arrivée pleine d’excitation d’une course de chevaux, ou qu’elle traverse la rue en courant, tête baissée et bras battant en l’air, simulant la terreur face à la circulation, ou qu’elle tente vainement d’ouvrir un bocal en faisant comme si elle mobilisait toute sa force musculaire, ou qu’elle exprime une peur épouvantable lorsque la sonnerie du téléphone signale un appel non souhaité, ou qu’elle fasse comme si marcher sur les cailloux pour atteindre l’eau mettait à la torture ses pieds délicats, ou comme si le froid la faisait frissonner comme la petite Liza sur la banquise.


Erving Goffman, L’arrangement des sexes, La Dispute, Paris, 2002, pp. 97-99

Imprimer au format PDF






Sociotoile Panoptique Syndication Admin Liste de diffusion Revoir le logo (?!)
Cette page a été « uzinée » parSPIPlogiciel libre sous licenceGNU / GPL [ PHP / MySQL ]
Squelettes réalisés par edn- Un grand merci à lui !
Coordonnées de ce bout de web :

Déplier