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  Quelques clés indispensables pour réduire les "crampes mentales" ( !) à la lecture du dernier écrit de Wittgenstein.


Wittgenstein - Certitude, scepticisme

Christiane Chauviré, Jérôme Sackur, Le vocabulaire de Wittgenstein, Ellipses, pp. 16-17


* Dans CE [1], Wittgenstein s’attache d’abord à montrer que la connaissance et la certitude relèvent de deux types de procédures linguistiques et conceptuelles : il n’y a pas de continuité naturelle entre les deux. Ainsi le fait d’être certain n’implique pas que l’on sache et n’est pas une garantie du savoir. Reprenant et s’opposant à une discussion de Moore (« A Defense of Common Sense », Philosophical Papers, G. Allen and Unwin, 1959), il prend l’exemple de la proposition « il y a ici une main » lorsque celui qui la prononce a sa main tendue devant lui. On peut être certain de ce truisme sans qu’il y ait là quoi que ce soit qui relève de la connaissance. En effet, Wittgenstein montre que pour qu’il y ait connaissance, un certain nombre de conditions doivent être remplies, notamment le fait que l’erreur soit possible, le fait que l’on puisse répondre à la question « comment le sais-tu ? » et que l’on puisse donner des raisons à sa connaissance du vrai (CE, § 18). Or dans le cas de « il y a ici une main », ces conditions ne sont que formellement remplies. Si je dis que je sais qu’il y a ici une main parce que je la vois, l’usage du verbe « voir » est perverti car il ne s’oppose à rien : pour qu’il y ait sens à dire « je sais X parce que je le vois », il faut que la possibilité de ne pas voir soit effective, comme lorsque par exemple il se pourrait que X soit caché dans le brouillard, etc.

** La distinction entre certitude et connaissance ne conduit pas à un scepticisme généralisé : en même temps qu’il montre que les procédures de connaissances sont très spécialisées et ne prolongent pas simplement les états psychologiques comme la croyance, la certitude, etc., Wittgenstein montre que le doute lui-même est un état très particulier. L’idée cruciale sur ce point est que la simple possibilité de l’erreur n’est pas une raison suffisante pour douter (CE, § 4, 458). Pour douter il faut avoir des raisons effectives, de même que pour connaître. Ainsi, d’un côté Wittgenstein s’oppose à Moore qui cherche à dériver une connaissance de la certitude d’un fait, mais de l’autre, il combat le scepticisme qui classiquement, déduit du fait que je me suis trompé une fois, le fait que je peux toujours me tromper, et de là le fait que tout est douteux ou que je ne sais rien (une fois une tour m’est apparue cylindrique alors qu’elle est de, base carrée, donc mes sens ne sont pas source fiable de connaissance). Wittgenstein refuse le raisonnement, parce que la possibilité générale de l’erreur n’est pas pour lui un argument contre l’ensemble des raisons que j’ai de tenir telle ou telle proposition pour vraie.

*** L’image générale de la connaissance que donne Wittgenstein est celle d’un réseau de propositions dont l’ensemble seul forme un tout cohérent et solide. L’originalité de cette position vient de ce que selon lui, toutes les propositions empiriques qui font partie de ce réseau ne sont pas au même niveau, et toutes ne sont pas ouvertes au doute ou à la justification de la même manière. Il y a en particulier des propositions qui jouent le rôle de pivots (CE, § 340-3) fixes autour desquels le jeu de la connaissance peut tourner. Des propositions comme « la terre existe depuis longtemps » (CE, § 327) ne sont pas a priori : il se pourrait qu’elles soient fausses. Mais en même temps je ne peux ni en douter ni chercher à les justifier : je ne peux les mettre en doute sans douter d’absolument tout ce que je sais et réviser l’ensemble de mes croyances ; curieusement j’ai moins de raisons de les croire vraies que des propositions moins certaines comme « la terre existe depuis des millions d’années » . Ces propositions pivot forment le fond sur lequel mes procédures de connaissance se développent (CE, § 94), au-delà du doute et de la certitude, mais elles ne sont pas les prémisses de mes inférences.


[1] Ludwig Wittgenstein, De la certitude, traduit de l’allemand par Jacques Fauve, Gallimard, 1965


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