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Louigi Pirandello (auteur)
Objectivité - Certitude / Relativisme - Scepticisme (thème)

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Je suis ce que vous voulez que je sois !


Pirandello échafaude dans ce roman via le protagoniste Vitangelo une théorie psychologique d’un relativisme extrême qui affirme l’impossibilité de la connaissance de soi et des autres : la façon dont je me perçois ne correspond pas à la façon dont les autres me perçoivent de même que la façon dont les autres se perçoivent ne correspond pas à la façon dont je les perçois ; il y a donc ce que nous sommes pour nous-mêmes et ce que nous sommes pour autrui (tel ami, tel parent, etc.) si bien que nous possèdons autant de "moi" que nous connaissons d’individus ! Si ce scepticisme radical est pour le moins critiquable (en tant qu’il aboutit à l’impossibilité de fonder un savoir vrai du monde, chacun restant enfermé dans sa propre vision [1]), apprécions tout de même l’humour de la démonstration...


Toutefois, je m’efforcerai de vous [2] conférer, n’en doutez pas, cette réalité que vous croyez posséder, c’est à dire de me faire une image de vous conforme à celle que vous vous faites de vous-même. Mais ce n’est pas possible - désormais nous le savons bien - puisque malgré tous mes efforts pour vous voir à votre façon à vous, ce sera une« façon à vous » selon moi, non une « façon à vous » selon vous et les autres. Mais pardon puisque je ne possède pas pour vous d’autre réalité hormis celle que vous me conférez, je suis prêt à reconnaître et à admettre qu’elle n’est pas moins réelle que celle que je m’attribue moi-même ; au contraire, elle est pour vous la seule vraie, (et Dieu sait d’ailleurs ce que peut bien être cette réalité que vous me conférez... ?) mais alors, pourquoi vous plaindre à présent de celle que je vous confère, malgré toute ma bonne volonté de me représenter votre « vous » autant que possible de votre manière à vous ? Je ne suppose pas que soyez conforme à l’idée que je me fais de vous. J’ai déjà affirmé que vous n’êtes pas non plus celui que vous vous représentez pour vous-même, mais simultanément plusieurs individus, selon vos différentes manières d’être possibles, les cas, les rapports et les circonstances. Et alors, en quoi vous fais-je du tort ? C’est vous qui m’en faites en croyant que je ne possède ou que je ne puis posséder d’autre réalité que celle que vous me donnez, laquelle est uniquement vôtre, croyez le ; une idée à vous, celle que vous vous êtes forgée de moi, une possibilité d’exister comme vous l’entendez, telle qu’elle vous apparaît à vous, telle que vous la reconnaissez possible en vous : car ce que je puis être pour moi-même, non seulement vous n’en pouvez rien savoir mais moi non plus !


Louigi Pirandello, Un, personne et cent-mille

[1] Cela ne veut évidemment pas dire que la thèse de l’écrivain ne recèle pas une part de pertinence.

[2] Vitangelo s’amuse ici à engager un dialogue fictif avec le(s) lecteur(s).








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